26 décembre 2010
16. Fini la Trêve... Ils doivent reprendre le combat !
Mais, au soir du dernier jour de 1914, après avoir traversé le No man’s Land, un caporal saxon fort poli vint nous apporter un message pour nous avertir que le staff des officiers de son régiment allait venir vers minuit dans leurs tranchées avec leur pistolet automatique et qu’ils tireraient au-dessus de nos têtes. Nous sommes donc bien restés à couvert pour éviter de regrettables accidents. A 11 heures, ce soir-là, -car ils utilisaient l’heure locale berlinoise – nous vîmes la flamme de plusieurs armes Spandau en action ; les balles sifflant au dessus du No Man’s Land.
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J’avais noté les adresses de deux soldats allemands à qui j’avais promis de leur écrire après la guerre. J’émis aussi vaguement l’idée naïve que les gens en Allemagne devaient savoir ce que tous les soldats avaient enduré et souffert.
Que des deux côtés du front, nous partagions la même idée à propos des raisons réelles et du bien-fondé de ce conflit.
Qu’il fallait faire savoir que cette Trêve de Noël aurait dû pouvoir s’étendre à tout le front au lieu d’avoir imposé à nouveau le mépris et la haine.
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J’étais encore très jeune, mais je me suis porté volontaire après l’information de la retraite de Mons, un dimanche de la 3e semaine d’août 1914.
A Londres, le colonel de notre bataillon avait déclaré que le Corps Britannique Expéditionnaire de l’Armée régulière s’était trop réduite après ce recul de 90 miles, usant autant les hommes... que les bottines ! Qu’il était affreusement urgent de pourvoir l’aider !

Maintenant que le Nouvel An est passé, le gel est encore toujours présent, avec ses minuscules cristaux de neige blanchissant tout :
les barbelés, les tombes, les trous d’obus !
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De nouvelles fusées éclairantes voltigent dans le ciel pour éblouir le No Man’s Land afin de mieux cibler les rafales des mitrailleuses, pour mieux pointer l’objectif des tirs d’obus !
La pluie s’est mise à tomber sur la plaine de Flandre tandis que nous nous occupons, maintenant de préparer l’attaque du printemps prochain !

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23 décembre 2010
15. "CHRISTMAS IN THE TRENCHES", pour nous, francophones !
L'histoire de la Nativité... c'est une belle histoire. On peut l'aimer et/ou ne pas la croire !
Mais, l'histoire de la Trêve de Noël, vécue dans les tranchées en 1914, est encore plus belle quand elle est chantée.
Un Noël de Paix, tel est mon souhait, cette année ! (... pour précéder celui de qui vous savez...)
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22 décembre 2010
14. Echanges d'impressions après la bataille !
A cette occasion, j’appris encore que l’assaut massif allemand à travers les bois et les champs du saillant, durant la dernière phase de la bataille d’Ypres, avait été menée par des jeunes volontaires, la main dans la main, en chantant, avec un seul fusil pour trois soldats. Ils avaient été « touchés », après le manquement de la garde prussienne, l’élite du Corps de Garde, inspirée du modèle des fameux soldats de Napoléon, pour casser nos lignes. Le comble à entendre : « Vous avez trop d’armes automatiques dans vos lignes, cher ami anglais ! »
En réalité, nous n’avions que peu d’armes lors de cette bataille, les Allemands s’étaient mépris sur leur nombre. Tous les bataillons d’infanterie avaient été équipés de deux mitrailleuses du même type que celles utilisées durant la guerre de Sud-Afrique en 1902. Cependant, une exception :
le 14e bataillon du « London Regiment » qui avait acheté, a ses frais avant la guerre, deux « Vickers Gun ». Mais celles-ci ont également été perdues pendant la bataille.
Les Allemands se firent une autre illusion en croyant que nous avions d’importantes troupes en réserve rassemblées dans les bois. Si seulement ils avaient su que nous étions peu de réserves, incluant même la division indienne avec ses soldats en turbans, grelotant de froid !
La trêve dura quelques jours dans notre secteur de la crête de Messines.
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21 décembre 2010
13. Seul, Dieu le connait !
Un des Saxons, lunettes sur le nez, se contentait de rester seul, à fumer sa brosse pipe d’écume. Il ressemblait à un personnage de BD : «Hun ». Le fourneau blanc de sa pipe représentait le visage à casquette de « Little Willie ». Il remarqua mon regard vers sa pipe, qu’il retira de la bouche pour me dire tranquillement : « Kronprinz, Prachtiger Kerl » avant de la resserrer entre les dents. « Prachtiger Kerl » signifiait « bon ami » ou « gentil camarade ». Evidemment, pensai-je, leur prince héritier l’est à leur égard comme le prince de Galle l’est envers nous !
« Tiens donc, voilà l’efficacité allemande » je notais deux boutons en aluminium là où nous n’en avions qu’un seul en cuivre sur le pantalon.
Des hommes creusaient des fosses pour y enterrer des victimes déjà raides Tous ces morts étaient recouverts de l’emblème allemand rouge-noir-blanc. Quand la fosse fut remblayée, un officier y récita quelques prières tandis que les camarades l’écoutaient avec respect, en tenant leur bonnet dans la main gauche.
Moi-même, je fis de même, j’ai retiré mon passe-montagne en guise de recueillement. Lorsque la mise en terre fut terminée, quelqu’un écrivit sur une grossière croix de bois faite avec les caisses de rations, en allemand : « Hier Ruht In Gott fin Unbekannter Deutscher Held »
« Ici repose, avec Dieu, un soldat inconnu allemand »
J’en avais bien compris la signification : ils font la même que nous, avec des croix dans le petit cimetière, à l’intérieur du bois.
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20 décembre 2010
12. Cessons de nous tirer dessus !
De retour dans le bois, nous n’en revenions pas de ne pas avoir été pris pour cible. Ce qui était merveilleux : il n’y avait plus de boue ! Magnifique : on marchait facilement à pieds secs dans les chemins ! Et de plus, on pouvait enfin s’endormir !...
Le miracle se poursuivit par ces petites lumières dorées qui scintillaient dans ce matin givré de Noël. Bizarrement, ma nostalgie chronique et mon vain espoir de rentrer à la maison, avaient disparu.
Le postier arriva pendant que je faisais frire mon déjeuner : du bacon placé à côté des brindilles incandescentes qui réchauffaient également ma gamelle remplie de thé sucré. Il nous apporta des boîtes métalliques contenant du tabac, des biscuits de l’armée ayant la même forme et le même goût que les biscuits pour chien. La fourniture de tabac équivalait à cinq cigarettes ou de quatre bourrages de pipes par jour. Certes, ce n’était pas la ration « d’urgence » mais bien celle du « confort des troupes ». Je remarquai aussi quelques journaux et aussi un paquet-cadeau pour chaque soldat, offert par la Princesse royale : une boîte en laiton contenant du tabac et des cigarettes, marquée de l’effigie en relief de la princesse Mary.
« Je l’enverrai à ma mère, en souvenir » pensai-je aussitôt.
« Il y en a des centaines, là-bas » remarqua près de moi, un soldat en kilt.
Face à face
Je marchais à travers les arbres et des fragments d’obus éclatés (des J.Johnsons, tels qu’on appelait ces armes allemandes de 5,9 pouces) du No Man’s Land, quand soudain, je me suis trouvé en face de soldats allemands, tout habillés de gris avec des bottes de cuir aux pieds, ce qui pour moi me paraissait inconcevable. De plus, parmi eux, certains souriaient en parlant anglais. La plupart d’entre eux étaient plutôt maigres, au visage blême ; ils portaient des lunettes ou un bouc sous le menton ! Ils étaient tête-nue ou coiffés d’un bonnet rond gris avec une bande rouge tout autour. 
Chacun portait deux boutons blanc-noir-rouge, ressemblant à de minuscules cibles de tir à l’arc : les couleurs de l’empire germanique.
Parmi ces Saxons, d’autres plus robustes, ne prenaient pas part aux conversations et regardaient la scène à distance. Ils avaient le visage écarlate. Leur tunique et leurs bottes étaient crottées de boue sèche. Certains avaient un écusson en velours vert à l’épaulette. A en juger par le nombre de rangs formés par ces Allemands debout, je pus conclure qu’ils avaient creusés au moins trois lignes de tranchées espacées de 200 yards, derrière la première ligne de front.
Cela démontre, disait l’un d’entre nous, de combien d’hommes ils disposent ! Comparé à nous, nous n’avons qu’une seule ligne de tranchées, toutes les autres ne ressemblent qu’à de piètres fossés. Et il dit encore : « Regardez-moi ces fourragères à l’épaule de ces gaillards : Ce sont les tireurs d’élite ! »
C’est ce que m’ont dit des Saxons qui détestent les Prussiens. « Tuez les tous, disait l’un d’eux, et nous aurons la paix ! Oui, mon père a toujours été contre la Prusse ! »
09:59 Publié dans C'ETAIT CHRISTMAS TRUCE | Commentaires (0) |
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